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Nuancier Farrow & Ball 2022 : couleurs, avis et tendances déco

12 min
Déco & Intérieurs
12 January 2026 à 13h25

Les 11 teintes Farrow & Ball de 2022 : autopsie d'un nuancier

Il est rare qu’un nuancier s’offre à nous tel un cabinet de curiosités psycho-chromatiques, mais il faut bien l’avouer : le millésime 2022 de Farrow & Ball s’apparente moins à une palette décorative qu’à un inventaire involontaire des anxiétés bourgeoises. Onze couleurs, onze aveux — et pas un seul éclat d’allégresse véritable.

Nuancier stylisé Farrow & Ball 2022 : 11 couleurs photographiées comme des artefacts sur fond brut

Les 11 couleurs Farrow & Ball de 2022

  • Stirabout N°300
  • Eddy N°301
  • Tailor Tack N°302
  • Templeton Pink N°303
  • Bamboozle N°304
  • Hopper Head N°305
  • Selvedge N°306
  • Kittiwake N°307
  • Wine Dark N°308
  • Whirlybird N°309
  • Beverly N°310

Stirabout N°300 : Le beige de la résignation chic

Stirabout n’est pas une couleur, c’est un aveu. Sa neutralité crémeuse évoque le porridge du matin dans une pension anglaise où la surprise est proscrite – peut-être est-ce là le comble du chic bourgeois : choisir l’absence d’audace sous couvert d’élégance. C’est la nuance idéale pour ceux dont le plus grand frisson sera d’aligner les coussins.

Eddy N°301 & Whirlybird N°309 : Les verts d’eau pour noyer son ennui

Ces deux verts ont l’apparence faussement douce des jardins miniatures sous cloche. Eddy, vaguement opalin, et Whirlybird, plus acidulé, distillent une nature factice, mise en pot pour calmer des nerfs jamais vraiment sollicités. Vous rêviez de forêt ? Ce sera tisane bio et géranium artificiel.

Tailor Tack N°302 & Templeton Pink N°303 : Le rose, dernier soupir de l’innocence

Tailor Tack, poudré et diaphane, ressuscite la lingerie oubliée dans les tiroirs d’une aïeule délicate. Templeton Pink, presque sépulcral, fleure bon la rose fanée attrapée sur le tard – un rose qui ne croit plus à l’innocence et préfère s’en souvenir dans la pénombre.

Bamboozle N°304 & Wine Dark N°308 : L’exotisme en pot pour intérieurs confinés

Bamboozle ose la théâtralité orangée sans jamais quitter le confort du salon ; Wine Dark promet les fastes homériques d’une mer antique mais finit en velours sur dossier capitonné. Ces teintes résonnent comme des promesses de voyages qui n’auront lieu qu’entre salle à manger et cuisine.

Hopper Head N°305 & Selvedge N°306 : Les gris-bleus, comme un ciel industriel

Entre zinc lessivé par les intempéries (Hopper Head) et laine délavée (Selvedge), le spleen urbain se pare ici de ses plus beaux atours. La lumière blafarde valorise l’intellectualisme triste ; il faut bien l’avouer, ces teintes sont faites pour ceux qui cultivent leur mélancolie avec application.

Kittiwake N°307 & Beverly N°310 : Les bleus et verts de la solitude distinguée

Kittiwake évoque la froideur atlantique observée derrière double vitrage triple épaisseur ; Beverly fait mine d’être une promenade sylvestre alors que vous restez lové dans votre fauteuil club. Ces couleurs signent un repli hautain sur soi-même — ni chaleureux, ni hospitalier, mais furieusement distingué.

On ne choisit jamais innocemment sa couleur murale : chaque teinte est l’alibi discret d’une humeur ou d’un renoncement.

Au-delà des pigments : que raconte vraiment la palette Farrow & Ball de 2022 ?

Le nuancier 2022 de Farrow & Ball dépasse le simple assortiment colorimétrique ; il reflète les angoisses et les désirs de repli caractéristiques de notre époque. La marque orchestre le récit d’un retour au foyer, d’un besoin viscéral de douceur murale et de protection — un vocabulaire qui trahit à merveille l’esprit post-pandémique. Joa Studholme, grande prêtresse du pigment chez F&B, déclare sans ambages :

« Nous avons tous besoin de créer un sanctuaire chez nous et de nous reconnecter à la nature. »

Faut-il s’en émouvoir ou s’en amuser ? À rebours des apparences, ce discours lénifiant prend la forme d’un anxiolytique marketing, distillé en pot d’émulsion mate.

Salon bourgeois contemporain en couleurs terreuses Farrow & Ball 2022, lumière feutrée post-pandémique

Le grand retour des couleurs terreuses : un besoin d’ancrage ou de fuite ?

La prédominance de ces verts mousseux, beiges farineux et roses tirant sur le sépia révèle une indécence subtile. S’agit-il d’un exil volontaire vers la nature retrouvée ou d’une esthétisation raffinée (et résolument coupable) du monde sauvage que l’on préfère éviter ? Ces palettes permettent au citadin inquiet de simuler une pureté champêtre sans jamais se salir les souliers. Peut-être est-ce là le stratagème idéal pour transformer son intérieur aseptisé en ersatz de prairie — mais attention : nulle odeur d’humus ici, juste celle du marketing bien tempéré.

Des teintes « réconfortantes » : le pansement chromatique d’une époque anxieuse

Le lexique officiel – « calme », « refuge », « douceur » – semble avoir été élaboré par un apothicaire du XIXe siècle converti à la déco Instagram. On vous promet moins une couleur qu’une parenthèse sédative. À rebours des promesses créatives, chaque nuance devient alors la posologie idéale contre les crises existentielles : hop, deux couches sur les murs et l’angoisse collective se dissout sous une brume beige ou rosée. Peut-être est-ce là le génie véritable : vendre non pas une expérience esthétique mais une illusion de tranquillité domestique — ce dont notre société fatiguée ne cesse de raffoler.

L'art délicat d'associer ces couleurs sans sombrer dans le cliché bourgeois

L’harmonie chromatique — obsession des décorateurs amateurs — sert souvent de cache-misère à ceux qui redoutent la dissonance autant que l’échec social. Oser conjuguer les teintes Farrow & Ball de 2022 exige une dose d’insolence rare, un refus du bon goût pré-mâché. La décoration, si elle veut prétendre à la moindre originalité, se nourrit de tensions plutôt que de mariages arrangés.

Intérieur éclectique : Wine Dark et Whirlybird ensemble, lumière rasante révélant les défauts du mur

Mariages contre-nature : oser le Wine Dark avec le Whirlybird

Un vert pastel acidulé caressant un bleu-noir aussi dense que le spleen baudelairien : voilà un duo qui dérange, donc intéresse. Associer Whirlybird (ce vert aussi pudique qu’un bonbon oublié derrière une banquette) avec Wine Dark, ce faux marine tragique, c’est prendre à revers l’idée même d’accord visuel. Ni contraste criard façon réveillon provincial (type rouge-vif et vert), ni dégradé mollasson — mais une franche collision. On peut s’amuser à flirter avec la dissonance : Hopper Head avec Templeton Pink (industriel contre sépulcral), Bamboozle flanqué de Selvedge (l’éclat du cirque sur la laine sombre). Il faut bien l’avouer, seule la tension donne vie : la paix chromatique endort.

Anecdote : Lors d’une visite chez un collectionneur excentrique à Bruxelles, j’ai découvert un salon où le Wine Dark recouvrait le plafond tandis que Whirlybird courait sous les cimaises. Tous les invités s’en souvenaient, sans jamais oser expliquer pourquoi.

La lumière, ce révélateur d'imperfections magnifiques

À rebours des apparences, on ne juge pas une couleur Farrow & Ball à sa profondeur pigmentaire vantée par les communiquants zélés. Le miracle opère quand la lumière – trop rasante ou franchement brutale – vient révéler chaque grain de plâtre mal poncé, chaque balafre héritée de travaux bâclés. C’est là que la couleur vit : accidentée, changeante selon l’heure et l’humeur du ciel — jamais tout à fait conforme à l’échantillon acheté au prix fort. Peut-être est-ce là le secret : fuyez le mur parfaitement lisse ; cherchez plutôt celui dont la patine raconte autre chose que votre capacité à suivre les tendances.

Le luxe véritable consiste à faire vibrer ses défauts sous la lumière crue plutôt qu’à masquer ces imperfections avec une peinture premium.

Choisir la couleur des murs : un exercice moins trivial qu'il n'y paraît

Croire qu’un simple nuancier suffit à trancher son choix chromatique est une naïveté touchante. Le choix d’une teinte Farrow & Ball engage tout : votre rapport à l’espace, aux saisons, voire aux attentes sociales pesantes sur votre modeste salon haussmannien. C’est décider qui vous êtes entre deux couches mates — ou prétendre ignorer ce vertige-là… Pour ceux qui souhaitent aller au-delà de la simple posture décorative : Choisir la couleur des murs reste un véritable rite initiatique.

Farrow & Ball : la controverse derrière le mythe de la peinture parfaite

Les débats autour de Farrow & Ball ressemblent à des querelles byzantines dans le monde feutré de la décoration : chacun y exprime doléances ou louanges, souvent avec arrière-pensée. Mais il existe un point sur lequel les artisans tombent d’accord (ce qui relève du prodige) : appliquer une couleur F&B relève souvent de la pénitence plus que de l’expérience picturale.

Peintre professionnel grognon devant un mur recouvert de peinture Farrow & Ball, traces d'application visible, outil en main et pot de peinture premium bien visible

Le cauchemar de l'artisan : pourquoi les peintres détestent-ils Farrow & Ball ?

Pour le profane, le rendu mat profond rappelle un velours mural caressé par la lumière. Pour l’artisan, c’est un véritable cauchemar : faible opacité, nécessité d’au moins trois couches même sur fonds uniformes, fragilité extrême au moindre frottement, sans compter les reprises visibles de loin. La fameuse "chalky finish" tant vantée cache une vérité technique fort peu glamour : la peinture F&B contient moins de liants polymères que ses concurrentes industrielles, d’où cette aptitude redoutable à marquer et ce toucher crayeux certes instagrammable mais tragique pour le quotidien. L’ironie suprême ? Cette délicatesse n’est pas un gage d’excellence, mais révèle une formule fragile, à manipuler comme une aquarelle précieuse plutôt qu’une peinture murale classique. Les murs parfaits exigés par la marque ne sont qu’un leurre : dans la vraie vie, tout défaut surgira sous votre nez.

Le prix de l'exclusivité : le coût au m² est-il justifié ?

Le prix élevé de Farrow & Ball ne rémunère pas la générosité pigmentaire (argument souvent répété), mais plutôt son nom évocateur et l’aura snob qui entoure chaque échantillon. Le coût, stratosphérique au mètre carré, sert surtout à protéger le récit autour du produit : acheter F&B, c’est acquérir un statut social feutré, une appartenance tacite au club des initiés qui ne consultent pas leur peintre. L’essentiel ne réside ni dans la durabilité ni dans l’innovation technique : ici le prix est l’ultime barrière symbolique qui sépare l’amateur éclairé du vulgum pecus chromatique. Peut-être est-ce là tout ce qu’on attendait d’une marque qui vend plus d’illusions que de murs repeints.

Le millésime 2022 est-il déjà obsolète ? Regard sur les nuanciers plus récents

Rien n’est plus éphémère qu’une tendance chromatique signée Farrow & Ball, pas même les mini-savons d’hôtel. À peine le nuancier 2022 auréolé de sa gravité anxieuse que déjà déboulent les nouvelles collections 2025, promettant un "renouveau" dont l’audace tient du recyclage sophistiqué. Broccoli Brown, Etruscan Red, Sap Green (des noms flirtant avec l’auto-parodie) font leur retour, extraits des archives pour susciter la nostalgie d’un public saturé de nouveautés tièdes. C’est désormais Dibber (vert mousseux sorti tout droit d’un traité d’horticulture désuet), Douter (un gris-vert au charme vaguement funéraire) ou encore Scallop (entre coquille d’huître patinée et mur de bistrot parisien) qui incarnent cette course éperdue vers un ailleurs vaguement nouveau mais toujours rassurant.

L’histoire se répète comme une valse lente : chaque saison renouvelle la même rengaine, convainquant l’acheteur qu’il détient un fragment de modernité… alors qu’il tourne en rond dans une galerie des glaces où la mode s’essouffle sans jamais disparaître.

Les couleurs de 2022 sont-elles devenues des 'reliques d'archives' ?

Farrow & Ball maîtrise l’obsolescence douce : chaque teinte peut basculer dans les limbes de l’archivage dès qu’elle n’est plus en phase avec l’air du temps. Le nuancier 2022 devient un objet archéologique – légèrement corné, taché par l’usage ou la maladresse d’un pinceau – témoin silencieux d’une sensibilité désormais datée. Peut-être réside là leur grandeur : ces couleurs saisissent non un absolu esthétique, mais un instant précis du goût collectif, avant de sombrer dans l’oubli organisé, fantômes discrets de nos aspirations décoratives passées.

Vieux nuancier Farrow & Ball 2022 corné et taché, à côté d’un nuancier récent sur bureau d’architecte, lumière mélancolique.

Alors, faut-il vraiment succomber au nuancier 2022 ?

Choisir une teinte Farrow & Ball peut sembler une quête artistique, mais c’est souvent un miroir reflétant nos hésitations sociales et aspirations conformistes. Opter pour le millésime 2022, c’est moins choisir une couleur que revêtir un rôle : prescripteur averti, bourgeois mélancolique ou dilettante faussement détaché.

Repeindre ses murs n’exprime jamais uniquement un goût personnel, mais rejoue à chaque coup de pinceau la comédie du statut et du conformisme apaisé. La vraie question n’est pas tant « quelle couleur choisir ? » que « que cherche-t-on à prouver ou à dissimuler par ce choix ? »

Le plus grand risque n’est pas de choisir la mauvaise couleur, mais de réaliser que celle que vous pensiez unique est en réalité celle de tout le monde. Êtes-vous prêt à découvrir ce que vos murs révèlent de vous ?
Nuancier Farrow & Ball 2022 : couleurs, avis et tendances déco

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